Catastrophe aux catacombes
Il me
fallait un roman de gare. Normal, j’étais à la gare et j’avais un train à
prendre. Je suis dans ma veine polar, j’ai donc cueilli un polar
de gare. Un bandeau rouge attire mon œil bovin : « PRIX DU QUAI DES
ORFEVRES 2008 ». Je relève le regard de quelques centimètres. Le titre, « Le
Vengeur des catacombes », ne me séduit guère, pas plus que son illustre
auteur inconnu, P.J. Lambert. Mais bon, je me dis que si les flics savent lire,
ils ont dû donner le prix à un manuscrit assez réaliste. J’achète.
Je lis dix
pages et je regrette déjà. Trop tard, le train est parti. Alors, je continue.
Le bouquin
est rempli de phrases toutes faites, d’expressions empruntées (à qui ? on
se le demande) et l’érotisme est loin d’être torride, à moins que tout cela ne
soit écrit au cinquième degré : « Le policier jeta un coup d’œil dubitatif
sur l’orifice qui s’ouvrait devant lui, se demandant s’il serait suffisamment
large pour lui permettre de passer » (évidemment, on parle là d’un tunnel
sous-parisien). « Il pouffa doucement avant de poursuivre, dévoilant une
belle rangée de dents très blanches ». « Elle restait imperturbable,
mais bouillait intérieurement, encore furieuse de ce qui s’était passé, et des
commentaires acides du commissaire ».
Tant bien
que mal, je poursuis jusqu’à la page 100 (il faut parfois se donner un but dans la vie), puis je renonce. Je m’offre donc les
deux derniers chapitres, histoire de voir si le regret va ou non me tarauder le reste
du trajet. Non, là c’est le bouquet. À la mauvaise écriture, se mêle maintenant
la morale de hall de gare : « Une semaine maintenant que la chasse à l’homme
a été lancée, sans qu’aucune piste n’aboutisse vraiment ; les fugitifs
bénéficient, à l’évidence, de multiples complicités. Les journalistes eux-mêmes
restent mitigés dans leurs appréciations du dossier. L’opinion a été secouée en
apprenant les assassinats, mais elle demeure bienveillante à l’égard des
justiciers. Un sentiment qui durera aussi longtemps que des multi-récidivistes
sortiront de prison pour perpétrer de nouveaux crimes ! Il faut se méfier
de l’amalgame, mais il faut comprendre aussi la réaction de celui qui craint de
devenir, un jour, victime du laxisme de la société. » (Suit le nom du
coupable que, charitablement, je tais là.)
Si la
guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires, il ne semble
pas question non plus de remettre le roman noir entre des mains policées. Je
jurai, mais un peu tard, que l’on ne m’y reprendra plus.

